Jacques Monchal

Une rencontre fortuite de l’été m’a relancé sur un projet que je voudrais réaliser.

Une recherche pour parler autrement de ce qui nous tient vivants, parlants et désirants.

« Ce qui fait résonances depuis les terres du refoulé, c’est de ce lieu là

que je voudrais témoigner de l’importance que je reconnais à la lumière »

J.Monchal Revue « Insistance » éd Erès

Lumière des sables

Se promener au bord de la mer, en limite, entre rochers et sables fins

Ramasser de fragiles éclats de lumière, parcelles d’illusion, instants de surprise.

La mer veille sur nos petits bonheurs, les expose un instant, les dissimule et relance le désir

Cela pourrait durer longtemps

Longer le littoral, suivre le bord, aller plus loin plus tard plus tôt

Château de sable abandonné avec mission de résister, de faire barrage à la colère des océans indomptables

Barrage sur le Pacifique

Château de sables en bord de mer

Un puits sur la plage, sans cesse à recreuser

Parois qui glissent toujours et encore s’érodent

Se donnent à fond perdu

Grains et cristaux passés au tamis de la vague et du vent

S’efforcer de combler, de remplir, de faire le compte…qui n’y est pas et n’y sera jamais

Eclats de verres burinés par la vague et le vent, dérivés de marées en marées

Eclats de lumière cueillis, recueillis, collectés, entassés, espérés

Les avoir tous, surtout le prochain, le dernier, dont on ne saura rien

Qu’un seul manque, se perde, passe en d’autres mains et le rêve s’effondre, prend l’eau

La ronde continue, le dos se courbe à nouveau, le regard cherche, la main s’avance et cueille

Recueille, ce n’est pas encore ça. L’instant d’après peut-être…

Le prochain objet, l’autre amour, la partie d’après, l’autre numéro, le bon, une autre fois

Et tourne l’âne bâté, monte et retombe l’eau dans le puits,

De la lumière natale au dernier crépuscule

Tournent les foules autour de la pierre noire, de la grotte, ou des lamentations

Tournent les particules à l’abri des regards à l’envers des montagnes

Tourne le doigt de l’enfant autour de l’ombilic qui atteste et se tait.

Le corps bordé par le signifiant…

Autrement ça déborde, quitte son lit, ses limites, ses bords, ceux du dedans, ceux du dehors

Il se délite, s’évapore, part en nuées, se précipite, se fige, se meurt

La mère ne peut suppléer par ses gestes aussi pétris de tendresse soient-ils.

Border son enfant pour qu’il n’ait pas froid, l’envelopper d’attention et mille précautions

Bordant d’un même geste sa peur de perdre, de se perdre et de le perdre.

Devoir vivre avec cette perte.

Border les contours, sans les saturer, tourner autour des vides, sans les combler, nourrir seulement.

La bouche pleine est sans appel…

Jacques Monchal

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