
Une rencontre fortuite de l’été m’a relancé sur un projet que je voudrais réaliser.
Une recherche pour parler autrement de ce qui nous tient vivants, parlants et désirants.
« Ce qui fait résonances depuis les terres du refoulé, c’est de ce lieu là
que je voudrais témoigner de l’importance que je reconnais à la lumière »
J.Monchal Revue « Insistance » éd Erès
Lumière des sables
Se promener au bord de la mer, en limite, entre rochers et sables fins
Ramasser de fragiles éclats de lumière, parcelles d’illusion, instants de surprise.
La mer veille sur nos petits bonheurs, les expose un instant, les dissimule et relance le désir
Cela pourrait durer longtemps
Longer le littoral, suivre le bord, aller plus loin plus tard plus tôt
Château de sable abandonné avec mission de résister, de faire barrage à la colère des océans indomptables
Barrage sur le Pacifique
Château de sables en bord de mer
Un puits sur la plage, sans cesse à recreuser
Parois qui glissent toujours et encore s’érodent
Se donnent à fond perdu
Grains et cristaux passés au tamis de la vague et du vent
S’efforcer de combler, de remplir, de faire le compte…qui n’y est pas et n’y sera jamais
Eclats de verres burinés par la vague et le vent, dérivés de marées en marées
Eclats de lumière cueillis, recueillis, collectés, entassés, espérés
Les avoir tous, surtout le prochain, le dernier, dont on ne saura rien
Qu’un seul manque, se perde, passe en d’autres mains et le rêve s’effondre, prend l’eau
La ronde continue, le dos se courbe à nouveau, le regard cherche, la main s’avance et cueille
Recueille, ce n’est pas encore ça. L’instant d’après peut-être…
Le prochain objet, l’autre amour, la partie d’après, l’autre numéro, le bon, une autre fois
Et tourne l’âne bâté, monte et retombe l’eau dans le puits,
De la lumière natale au dernier crépuscule
Tournent les foules autour de la pierre noire, de la grotte, ou des lamentations
Tournent les particules à l’abri des regards à l’envers des montagnes
Tourne le doigt de l’enfant autour de l’ombilic qui atteste et se tait.
Le corps bordé par le signifiant…
Autrement ça déborde, quitte son lit, ses limites, ses bords, ceux du dedans, ceux du dehors
Il se délite, s’évapore, part en nuées, se précipite, se fige, se meurt
La mère ne peut suppléer par ses gestes aussi pétris de tendresse soient-ils.
Border son enfant pour qu’il n’ait pas froid, l’envelopper d’attention et mille précautions
Bordant d’un même geste sa peur de perdre, de se perdre et de le perdre.
Devoir vivre avec cette perte.
Border les contours, sans les saturer, tourner autour des vides, sans les combler, nourrir seulement.
La bouche pleine est sans appel…
Jacques Monchal