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Préambule aux Assises sur le savoir du psychanalyste. Extraits de textes préparatoires.


Depuis quelques mois des textes circulent sur la liste de l’ap-jl, à partir de l’un des trois thèmes proposés pour les Assises, l’association, la passe et le savoir du psychanalyste. On trouvera ici des morceaux choisis de ces textes, de façon non exhaustive.





" Le rapport au savoir dans une vie analytique se modifie . Dans la cure, de supposé au sujet, le savoir devient désupposé au sujet . Le non savoir se réalise ; se « réelise » dans le lien transférentiel . Ce trou dans le savoir , une des définitions du réel , spécifie le savoir du psychanalyste qui désormais sera un savoir à élaborer et à réinventer à chaque fois . Il ouvre à l’infini , un infini vertigineux dès lors que chacun veut en rendre compte à d’autres. N’est ce pas dans la nécessité d’en rendre compte que Freud a créé la psychanalyse ? .....

Dans la passe, le savoir se partage mais ne s’échange pas. Il cherche à se faire entendre et fait ou non transmission. Faire école est associée à de nouveaux analystes. .....

Chaque associé de l’APJL, avec le désir et la position de l’analyste au cœur de l’association (pari sur la passe) semble faire l’expérience du trou tourbillonnant dans le savoir. L’association est un abri pour la psychanalyse, mais un abri précaire affecté de tourbillons multiples. « Le désir, ça me semble être lié non seulement à une notion de trou, et de trou où beaucoup de choses viennent à tourbillonner de façon à s’y engloutir… il en faut au moins trois pour que ça fasse trou tourbillonnant » pense Lacan. .... "



" ...... Enfin, pour conclure sur une remarque sans doute triviale, mais en même temps décisive, nul ne peut réfuter le constat selon lequel la pratique d’un psychanalyste, définie comme sa capacité à conduire une cure à sa fin, ne peut se déduire de sa capacité épistémique. Ne cherchons donc pas à le faire et disons seulement que seul l’analysant est en mesure de découvrir, derrière la lisséité apparemment impeccable des énoncés de son analyste, l’éventuelle objection à son savoir, objection dont les conséquences peuvent aller d’un discrédit global à un désaccord particulier à partir duquel il pourra forger son propre savoir.

La conception lacanienne de la castration ne se réduit pas à la castration maternelle. Elle implique que le père consente à l’annulation de son phallus pour que la filiation soit inscrite. D’autre part, si nous tenons qu’il y a un défaut du père, soit, structuralement, son impuissance à faire de la castration une loi de régulation complète de la jouissance, il revient au fils et à la fille de nommer ce défaut pour que, de cette castration du père, résulte l’émergence de cette marge où aucune castration ne peut faire loi.

Il y a un irréductible désaccord entre le désir et la loi. Accréditer l’idée d’une harmonie possible entre les deux (c ‘est- à dire faire du père symbolique l’agent de la castration) est interdire toute résolution du transfert et rendre l’analyse sans fin.

Sur le statut de la séparation : découvrir l’objet que l’on est pour l’Autre n’est pas la fin d’une psychanalyse ; il y a même danger à se fixer à cet objet. La fin suppose de se décoller de l’objet a ( « désaïfication ») et de passer cet objet à l’analyste. Pour proposer une formule simple : il y a dans une cure un moment de guérison à partir duquel le sujet peut se passer de l’analyste et un moment de subversion du sujet, qui se reconnaît au dire , par l’analysant à son analyste, qu’il est capable de consentir à manquer à son analyste. Telle est la fin satisfaisante d’une cure, et c’est à partir d’elle qu’une logique collective est effective ( à développer).

Le psychanalyste est-il le dernier à incarner (faire semblant du) le réel a partir duquel il est possible de nommer le symbolique ? C’est pourquoi nul ne peut nommer quelqu’un psychanalyste. A la fin de la cure, il s’avère qu’il y a eu « du » psychanalyste. ...... "



" ...... On peut même se payer le luxe d’une formalisation plus réduite du savoir de l’analyste (dans le prolongement et à la suite de celui du créateur, de l’artiste) : il consiste à se mettre constamment au parfum de l’inadéquation des mots aux choses, de l’impropriété du langage, de l’impouvoir de la parole, de l’impéritie du discours, ou encore d’être averti de la contingence de toute sémiotique du signifiant, de s’aviser de l’impossibilité d’une sémantique de la jouissance (autrement dit de l’indécence du sens – « l’indésens » [Lacan] – et de l’inconvenance de la jouissance).

C’est à partir d’une pratique asociale (la cure) que nous renouons et faisons renouer avec le lien social, que nous renouons et faisons renouer, détisser-retisser, le lien social comme tel. Si l’on tient compte du fait que le DC, quant à lui, lui aussi, individualise, mais lui c’est pour désocialiser l’être humain (qui est non pas ou plus parlêtre mais être de besoin, « parlavoir », si j’ose dire), alors on peut dire que la psychanalyse, pratique asociale mais qui humanise, réconcilie avec le lien social, feinte le DC (ruse de la raison ?), jusqu’à restaurer, si du moins elle va jusqu’au bout de son entreprise, le lien social comme tel, jusqu’à rétablir les autres discours (gouverner, éduquer, faire désirer) dans leur dignité et leur exercice comme éléments-clés et moments logiques du lien social humain comme tel.

Certes la psychanalyse n’est pas un nouvel humanisme ni un renouveau de l’humanisme (du moins je ne le crois pas) : mais de même qu’elle irréalise le crime sans déshumaniser pour autant le criminel, elle n’oppose pas l’humain à l’inhumain (épurant l’un jusqu’à « l’hygiéniser », excluant l’autre jusqu’à « l’éliminer »), mais elle montre au contraire que l’humain n’est rien d’autre que ce qui répond à et que ce qui répond de l’inhumain.

Au fond, ce dont témoigne l’analyste, qui est tout sauf un sanglier solitaire, c’est que chacun connaît, éprouve, expérimente le lien social à partir de ce qui en lui y fait obstacle avant d’y faire argument. La psychologie collective, avec la foule et la masse dont le DC se fait le chantre et le promoteur, veut de tous faire un (autrefois une même idéologie, actuellement un même mode de vie, les mêmes manières de jouir). L’analyse, et l’analyste par son savoir a à le démontrer (démontrer qu’il est impossible qu’il en soit autrement), vise à faire de chacun « un-entre-autres ». Où c’est bien le « entre » qui importe, parce qu’il emporte la dimension tant du travail du transfert que du transfert de travail.

. L’analyste s’autorise de lui-même et de quelques autres, soit : à (ne) s’autoriser (que) de lui-même, il n’y a que l’analyste. De même, il n’y a de savoir de l’analyste que par la gratitude qu’il y montre, soit : la gratitude, c’est ce qui fait le savoir de l’analyste. Disons même que c’est de là que provient l’autorisation de l’analyste, comme c’est là que se trouve sa garantie. Manifestement, les analystes feraient bien de ne pas trop l’oublier : de se rappeler qu’il y a, au cœur du lien social, toujours, quelque émergence du discours analytique et donc de l’analyste, mais aussi bien que le discours analytique et l’analyste ne sont rien qu’au principe et au départ du lien social, soit au chef de la politique. Et c’est là ce dont la gratitude est la preuve, la trace, la marque : la preuve, légère ; la trace, du papillon ; la marque, discrète. ......"





" ....L’association, les psychanalystes et le discours analytique.

On peut sans doute définir l’analyste comme celui qui peut soutenir l’émergence du discours de l’analyste. Lacan repère celui-ci à chaque changement de discours. Le discours de l’analyste est même lié aux autres discours. Il y a du psychanalyste, et non pas un psychanalyste, chaque fois qu’un discours se confrontant à son reste, réel, irrésorbable,ouvre à un autre discours. Le psychanalyste occupe la place de ce pas-tout-résorbable dans un discours, de ce qui résiste dans chaque discours, et dont il se fait le semblant. Il doit travailler avec ce savoir dans le réel.

« Porter la marque du rebut de l’humanité. L’analyste se vanne du rebut » (lettre aux italiens) : cela implique qu’il reconnaisse l’inhumanité sur lequel se fonde sa propre humanité. Reprenons cette belle manière de dire de Catherine Vasseur ; « le sinthome donne autorisation humaine », mais seulement après avoir exploré de part en part la souffrance et l’insupportable du symptôme, consenti à ce qu’il s’avère être le nouage propre à chacun du vivant à l’humain, et en avoir tiré un certain savoir y faire.

Comment une association de psychanalyse peut-elle avancer avec, et par le symptôme propre à chacun, qui met en lumière le point de séparation du sujet. Peut-elle faire son moteur doctrinal de la singularité, et selon quelle logique ? Comment le singulier peut-il faire passer au collectif ? Prendre le pari dans une association de psychanalyse de faire lien social, en prenant appui sur le symptôme, est-ce une bonne manière d’ouvrir « la boîte de Pandore » de la psychanalyse ? Comment s’y prendre ? ....."

" Il me semble qu’il faudrait élucider en quoi l’article "L’assertion de certitude anticipée" est un sophisme, pour avancer dans l’articulation de la logique collective. Dans ce texte, cette logique suppose que l’on puisse compter sur une réponse de l’autre (blanc ou noir) et sur la sincérité de cette réponse. Ceci est acquis. Il me semble alors qu’il y a sophisme parce que les temps de voir, de comprendre et de conclure pour chacun n’étant pas homogènes ou équivalents, il n’est pas possible de savoir si une non-réaction est due à l’impossibilité logique de conclure ou à une lenteur du raisonnement chez l’un ou l’autre. Il y a donc, dans cette logique, un in-su de structure ( relatif à l’incommensurabilité du temps), mais cet insu, loin de discréditer la logique collective , est ce qui la fonde, au niveau d’un pari à faire (certitude anticipée) pour qu’une conclusion devienne possible , avec le risque que ce pari comporte quant au savoir. La logique collective n’existe qu’ avec l’acceptation (Bejahung) d’un savoir qui ne saurait se savoir..... "



" .....La procédure de la passe n’est pas lieu de reconnaissance de l’analyste. C’est sur l’expérience de sa cure et les effets qu’il en extrait que s’appuie l’analyste. Mais alors s’il s’agit de repérer chez le passant qui en témoigne le Réel en jeu, le sinthome, la castration, le manque en l’être, en quoi cela concerne-t-il le collectif puisqu’il s’agit après tout du domaine privé, de l’intime...si ce n’est, pour s’y être mis en acte dans le dispositif même, de repérer par le rétrodire le désir de celui qui entend se frotter à tout cela qui rende possible de reconduire l’expérience avec un autre pour que celui-ci puisse éventuellement s’y frotter à son tour (sans pour autant qu’aucune garantie n’y soit rattachée). Autrement dit le dispositif de la passe offre l’opportunité, dans l’après coup, de repérer le désir dit de l’analyste et l’ouverture nécessaire à maintenir actif le discours de l’analyste. ...."



" .....L’association, pas l’institution

Entre l’éthique du désir qui s’appuie sur le sinthome, et le culte des valeurs qui font lien, l’écart peut être mince, ou trompeur. Comment ne pas confondre la cause analytique et la volonté humanitariste de certains groupes sociaux ? Comment se présente la question de l’autorité et du pouvoir, quand on accorde le primat au sinthome ? Que signifie une association de psychanalyse, dont les membres seraient psychanalysants de leur propre expérience, qu’est-ce que cela implique et quelles en seraient les conséquences ? Peut-on envisager de définir un lien social particulier, dans une association de psychanalyse telle que l’APJL ? ... "



" ........ Voila qui est peut-être intéressant pour notre association lorsqu’il s’agit de sortir de la gestion patriarcale ou matriarcale, et d’ évoquer la notion du pas-tout et du féminin ! Pourrait-on parler, ... , d’une autre fraternité à partir du féminin ? Une fraternité synonyme de confiance, de partage d’humanité c’est à dire de partage de symptôme (au sens où Lacan en 1975 dit ne pouvoir définir ce qu’est un homme que par l’intermédiaire du symptôme) ... pour revenir peut-être à cette relation de confiance dans notre asociation, ..., sans laquelle pas de passe possible... et sans passe pas de trou...et sans trou pas de point de fuite...etc... "



" ... La désignation comme passeur fut annoncée par le psychanalyste à un moment où cela ne pouvait que se dire. Pas de raison de la cacher et la tenir secrète. Elle fut annoncée peu de temps après que je m’enquerrai auprès d’un autre passeur du « comment apprend t-on qu’on l’est ? ». La désignation ne fut pas une surprise donc. Elle fut vécue comme un cadeau. Cadeau d’avoir acté ce moment de passe. Mais pas sans inquiétude devant le risque pris par l’analyste et le pari qu’il fait . Pari qui engage la communauté analytique et son au-delà. Et s’il se trompait sur moi ? pourrai je entendre ? transmettre ? ... "

"... Cette annonce n’est pas forcement une généralité mais plusieurs passeurs ont témoigné de cela à l’APJL que leur analyste leur en avair parlé, ce qui semble aller contre la théorie de Lacan de l’effet de surprise sur le passeur d’un appel d’un passant lui disant qu’il venait de le tirer au sort, effet de surprise qui ne marche qu’une fois d’ailleurs, mais aussi contre le doxa si j’en crois certains échanges avec d’autres collègues d’autres associations justement qui ont pu trouver cela scandaleux. On peut supposer que l’effet interprétatif sur l’analysant futur passeur est de ce fait certainement exacerbé...mais il y aurait peut-être là une piste de débat de plus."

" .....quelle est la conséquence sur un analysant de sa désignation comme passeur, en un mot, comment va t-il supporter cette décision de son analyste, qui est plus qu’une interprétation ? Deuxièmement, un analyste, dans cette décision, ne doit-il pas peser, en prenant un risque, la capacité de l’analysant désigné à passer le dire du passant au cartel, capacité qui ne coïncide pas forcément avec l’ avancée de l’analysant dans sa propre analyse ?"

" ..... Dans le travail du cartel, l’écoute des passeurs, avec le sérieux et l’authenticité de leur effort de transmission, m’a de nouveau saisie. J’ai été frappée par ce qui passe dans l’énonciation, ce qui passe du passant dans la position d’énonciation du passeur.

On entend : ce que le passeur a entendu, reçu, respecté, et qu’il restitue au cartel, la façon dont il a écouté, marqué par sa position dans son parcours analytique, par son intérêt pour le témoignage du passant, et la façon dont le passant a parlé, selon chacun des passeurs ; c’est à dire quelque chose de la rencontre qui a eu lieu entre passant et passeur.

.... Le désir est à l’œuvre chez les membres du cartel. La passe est une affaire sérieuse : de quel passage de l’analysant à l’analyste le passant a-t-il voulu témoigner ? chacun a fait part de son point de vue et de ses questions. Là aussi j’ai été sensible à ce qui est passé des propos des passeurs à chacun des membres du cartel, à la façon dont chacun a reçu la transmission par les passeurs. Les détails perçus de manière différente par chacun, et les différences entre les témoignages des deux passeurs mettent en valeur ce qu’on peut entendre, et font surgir de multiples questions."



" .... Qu’est-ce qui fait que, à tel ou tel moment de la réunion où a lieu, devant les membres du cartel, le témoignage des passeurs puis la discussion, je me prononce pour la nomination, ou m’abstiens ( il s’agit en effet d’une alternative entre pour et abstention et non entre pour et contre). Une remarque préalable s’impose : sans cet enjeu de la nomination, la discussion en question n’aurait pas d’objet. Bien entendu, on cherche jusqu’à plus soif à construire le réseau qui sous-tend la cure et lui confère une certaine intelligibilité, qu’on assimile à un bon fonctionnement, mais cette recherche s’avère vaine , voire peut conduire à une réticulation carcérale, tant qu’une phrase-pont n’a pas été extraite, qui débouche sur la vie en faisant irruption de la cure.

Comment reconnaître cette phrase, puisqu’elle est par définition inédite d’avant ? Comment, dans certains cas, la déduire et la construire à partir d’éléments épars ? Ce qui la caractérise, c’est qu’elle est la conséquence d’une mutation du transfert, au sens où celui-ci cesse d’être la garantie d’une harmonie entre le désir et la loi. Dès lors, le sujet n’a plus comme recours l’Autre, mais seulement l’acte."



" ..... Faut-il conclure que le passeur serait voué à une expérience de la perte proche de ce que René Char note à propos de l’acte poétique : « Le poète ne retient pas ce qu’il découvre ; l’ayant transcrit, le perd bientôt. En cela réside sa nouveauté, son infini et son péril ».

Cela ne vaut-il pas aussi pour tout analysant, quand, dans le cours de la cure, un franchissement s’opère à son insu, et qu’il en reste pour lui un effet qui fera date, alors que le dire qui en est la cause s’est évanoui sitôt passé l’instant où il a surgi. Aussi, je pense qu’il conviendrait de mieux considérer cette dimension de l’oubli dans les travaux en cours et nos débats à venir sur le dispositif de la passe. S’il n’y a que peu de contribution de passeurs pour préparer nos prochaines assises, c’est peut-être parce que cette question de l’oubli est délicate à aborder. Je le réalise en l’écrivant. C’est peut-être aussi parce qu’au terme de chaque procédure (avec ou sans nomination d’A.E.) ne reste plus, dans ce qui se travaille dans l’association, que des préoccupations relatives au fonctionnement du cartel de la passe et aux expériences des passants. Mais s’agissant des expériences des passeurs, n’y aurait-il pas une hypothèse à élaborer sur leur savoir de l’oubli ? "



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