Le féminin principe de séparation et de vivant. 2003

Séminaire d’Isabelle Morin et Michel Lapeyre.

Les textes qui suivent sont la transcription du séminaire qui s’est tenu à Bordeaux dans le cadre de l’Association de psychanalyse Jacques Lacan durant l’année 2002-2003. Ils sont précédés de trois textes, antérieurs, mais qui donnent très justement le « la » concernant la séparation, au principe même de l’analyse… et aussi de la vie du parlêtre, du sujet comme vivant. Isabelle Morin et Michel Lapeyre se donnent la réplique, sans concertation préalable et sans programme établi, mais en partant ou en repartant chacun du point où son propre questionnement est relancé par le dérangement qu’y cause l’intervention de l’autre. Le pari est d’avancer sur les « fins » de l’analyse, à entendre dans tous les sens, qui impliquent la cure au sens strict et l’impact du discours de l’analyste dans le lien social (entre analystes certes mais pas seulement ). Il s’est trouvé que le séminaire, qui s’intitule « Présence analytique », s’est amorcé et développé à propos du féminin. Felix culpa !

Le séminaire déplie donc ce qui peut se ramener ; in fine, à quelques propositions simples.

1. L’abord par la psychanalyse, à partir de Freud et avec Lacan,fait apparaître le féminin comme mise à l’épreuve de l’irreprésentable de l’ humain. Sachant qu’il n ’y a pas de « traçabilité » du féminin.

2. Le cas de Calamity fane démontre que le féminin peut ouvrir à un amour au-delà de l’objet. Il a pour condition une assomption de la castration qui s’appuie sur le consentement à la perte, et il débouche sur un don qui rend la pulsion vivante.

3. La figure de Cléopâtre illustre au mieux, de manière poétique, qu’il n ’y a de rencontre entre homme et femme qu’ au-delà du souci de l’avoir ; du service du pouvoir ; de la politique des biens.

4. Pandore et Ève, comme mythes de l’émergence du féminin, font ressortir que l’ altérité du féminin, c’est l’immixtion du sexuel, l’introduction de la contrainte érotique, et le savoir comme dérange ment contre l’ennui phallique.

5. Les personnages de femmes de la tragédie grecque peuvent servir d’exemples du mode d’approche du féminin : comme conséquence du passage par le discours, mais pour conduire à consentir à ce qui lui échappe.

6. Certains récits de passe témoignent de ce rapport au féminin issu de la jouissance vécue dans la relation à la mère préoedipienne, jouissance qui fut dévalorisée par la jouissance phallique ; retrouvée à [a fin de l’analyse, elle permet une déphallicisation nécessaire.

7. L’artiste nous enseigne paifois qu’il y a homogénéité (non pas identité) entre le féminin, l’ amour ; la création, la psychanalyse, comme autant d’expériences et de témoignages de ce que l’indestructibilité du désir doit à l’humilité de l’humain.

8. Le féminin atteste que le père noue indestructiblement la vie et la mort avec la jouissance. Si cette opération implique au préalable une soustraction de « la part chose », elle laisse le signifiant vivant, malgré cette mortiffation nécessaire et confronte ainsi le sujet au vivant.

Ce séminaire a été publié en 2003