Le féminin peut-il renouveler le lien social. 2005

Colloque Biarritz

Annonçons-le d’emblée : la question posée à Biarritz est cruciale pour l’humanité, rien de moins. C’est du moins la thèse ambitieuse de ceux qui organisent ces deux jours de débat avec la psychanalyse. Cette hypothèse est éclairée par le contexte politique puisqu’il faudrait fermer les yeux pour ne pas apercevoir comment certains régimes politiques, ou certains fondamentalismes, neutralisent le féminin pour que l’ordre phallique règne en maître, sans complaisance et sans défaillance.

Pourtant, le féminin qui ne représente ni les femmes ni la féminité, mais la part qui échappe au phallique en chacun de nous, nous enseigne autre chose, sans doute parce que comme le précisait Freud en 1933, il y a une constante relation entre féminin et vie pulsionnelle. Le malaise dans la civilisation est une conséquence de la pulsion de mort quand la désintrication pulsionnelle déchaîne le sadisme qui dès lors n’est plus arrimé. C’est l’espace où Lacan précise que les analystes ont peur maintenant . Ce débat pourrait bien nous entraîner vers d’autres horizons, ceux où la leçon du féminin introduirait à un autre espace.

Le féminin a un rapport privilégié avec S(A barré) et ce rapport est le résultat d’un travail psychique qui allège de l’encombrement phallique. Le féminin n’ est pas premier, il s’agit d’y accéder, d’y consentir. Dès lors le manque, transmué en perte pure et simple ouvre-t-il à des modes de jouir inédits qui auront des conséquences sur le lien social ? La position féminine a été déduite par Lacan à partir d’un certain type de jouissance : un type de jouir qui se passe du phallus. Ce sont les sujets qui rencontrent cette jouissance Autre que Lacan nommait « féminins », bien au-delà du frayage biologique. La jouissance féminine relève d’une position subjective au-delà de la structure et du fantasme qui, eux, sont lestés par le phallus. La cure analytique peut être une des voies de l’élaboration psychique du féminin, comme l’ont été d’autres expériences, en d’autres siècles. Comment les psychanalystes peuvent-ils contribuer réellement à un débat de notre temps ? – Sans doute faut-il prendre les choses à rebours en évitant une parité des sexes par exemple, mais en contribuant à éclairer comment l »identification sexuée masculine, quand n’est pas traitée la castration, peut faire rempart à la symbolisation de la perte, nécessaire pour maintenir l’intrication des pulsions. Ce n’est pas sans faire écho à la forclusion de la castration dans le capitalisme et les fondamentalismes, là où, à un jouir sans frein de l’un, répond la toute-puissance de l’élection pour l’Autre.

Claudine Casanova, Pascale Macary, Isabelle Morin

Bibliographie :

Jacques LACAN, « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine) (1960), Ecrits, Paris, Le Seuil, 1966.

Jacques LACAN, Le Séminaire, livre XX, Encore (1972-1973), Le Seuil, 1975.

Barca ! W14, Les féminins, mai 2000.

Ce colloque a fait l’objet d’une publication.

Table des matières

Liminaire

Élisabeth Rigal : Elfriede Jelinek, l’asocial duféminin

Francisco Pereña : Inconditionnalité et demande de filiation

Dominique Lechevallier : Marguerite Duras et le féminin

Pierre Bruno : V

Piedad Ruiz : La sublimation et le désir féminin

Présentation d’un cartel :

. Patricia Leon : Quatre variations sur le féminin

. Claudine Casanova : Médée-Matériau, la radicalité du désir

. Marie Claire Terrier : Ce jour-là …

. Christine Ragoucy : Aucun amour au monde

. Jean-Paul Rathier : De l’art de se perdre pour accéder au désir

Natividad Corral : Condition mélancolique de la féminité et création féminine

Patricia Leon : Le Non des femmes

Pascale Macary : Soulever la peau de la réalité

Isabelle Morin et Marie-Jean Sauret : D’un lieu à l’expérience

Patrick Simon : Le rythme et le vivant

Maria Antonieta Izaguirre : Dedans-dehors : une position subjective

Conclusion . Pierre Bruno : L’infanticide