4/5 – Ouvrage présenté et discuté lors du Midi-Minuit 2015

Une psychanalyse : du rébus au rebut. Pierre Bruno.

La psychanalyse transforme le corps en changeant, dans une expérience de parole, les modalités par lesquelles celui-ci est affecté et que Freud a distinguées : inhibition, angoisse, symptôme. Le corps concerné n’est pas l’image du corps, ou corps cosmétique, mais celui de la pulsion, en tant que conséquence de la pratique langagière qui définit le seuil de l’humain, y compris chez le sujet mutique. L’expérience d’une cure suit la trajectoire d’un déchiffrement, celui de l’inconscient, jusqu’à faire l’épreuve du bord au-delà duquel cet inconscient devient réel, c’est-à-dire ininterprétable. À ces confins, l’analysant se retrouve rebut de ce déchiffrement et c’est dans cette position qu’il trouve une satisfaction, impossible à imaginer avant d’être atteinte.
Pour opérer cette transformation, une psychanalyse doit soustraire le symptôme au fantasme qui en commande la pathologie et donner au symptôme la portée insurrectionnelle qui permettra au sujet de se libérer du langage au moyen du langage, en s’affranchissant du pensé par le dire. Accueillir le symptôme (et non le traquer), démonter le fantasme (et non l’alimenter) sont les deux axes de la direction d’une cure.
Ce livre examine, point par point, les dimensions de cette expérience qui en est encore à ses débuts – constat qui ne doit pas faire oublier l’immense novation de sa naissance.

Pierre Bruno est psychanalyste à Paris, membre de l’Association de psychanalyse Jacques-Lacan (APJL). Il est le créateur et directeur de la revue Barca ! Poésie, politique, psychanalyse et directeur de la revue Psychanalyse (érès).


Présentation de l’éditeur

Pierre Bruno examine point par point les différentes dimensions de l’expérience de la cure analytique. Une psychanalyse, soit l’expérience d’une cure, suit la trajectoire d’un déchiffrement, celui de l’inconscient, jusqu’à faire l’épreuve du bord au-delà duquel cet inconscient devient réel, c’est-à-dire  ininterprétable. À ces confins, l’analysant (celui qui fait une analyse) se retrouve rebut de ce déchiffrement et c’est dans cette position qu’il trouve une satisfaction, impossible à imaginer avant d’être atteinte. Ce bord, l’expérience nous en instruit, est la coupure advenant de la castration de l’Autre maternel, en tant qu’elle nous soulage définitivement de l’imminence menaçante d’un rapport incestueux, et du même coup, ouvre le sujet à la contingence d’un amour en rien condamnable.

Ouvrage mis en vente le 29 août 2013 – Point hors ligne – collection dirigée par Jean-Claude Aguerre

ISBN : 978-2-7492-3856-2 – EAN : 9782749238562


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EXTRAITRayon Freud – LE SAVOIR DU PSYCHANALYSTE

Partons de ceci, qui est l’axiome insu de la découverte freudienne et, maintenant que cette découverte a fondé, depuis plus d’un siècle, une pratique, un principe qu’on peut dire prouvé, bien que quelquefois encore ignoré : il y a une homologie entre la lecture d’un livre de psychanalyse et une psychanalyse. Toute lecture est une expérience, si ce n’est, quand elle n’est pas vaine, une aventure. La lecture d’un livre de psychanalyse, si l’on entend par là, de façon idéale, parvenir à son intelligence de part en part, s’inscrit de la même façon qu’une cure dans une perspective temporelle longue. Il faut cependant ôter «de façon idéale», parce qu’une lecture, aussi pénétrante et assidue soit-elle, bute toujours sur un point qui n’est autre que la limite épistémique de l’écrit lu. Il n’y a pas de savoir psychanalytique – disons plutôt qu’il y a un corpus qui fait référence, que j’appelle «savoir déposé» – mais un savoir du psychanalyste. C’est vrai pour Freud, comme pour Lacan, et un(e) psychanalyste qui s’imaginerait s’acquitter du savoir en le confondant avec le savoir déposé ferait définitivement fausse route, en faisant primer l’exégète sur le psychanalyste ! Par ailleurs, c’est un fait que le parcours de Freud a établi sans contestation possible et que chaque parcours analysant confirme, toute avancée dans le savoir du psychanalyste, et, déjà, de l’analysant, est commandée par un franchissement subjectif identifiable dans la cure ou, pour celui qui a terminé son analyse et qui s’est autorisé en tant qu’analyste, par un franchissement qui s’apparente à une «passe toujours recommencée». Freud fait remarquer quelque part qu’un rêve de début de cure ne pourra être considéré comme interprété de façon satisfaisante qu’à la fin. C’est vrai. De la même façon, ce n’est qu’au bout de plusieurs années d’analyse et souvent à la fin qu’un analysant découvrira ce que veulent dire «inconscient», «castration» ou «fantasme», pour retenir trois des mots les plus courants de la langue freudienne. Plus précisément, à chaque moment de son analyse, il découvrira un sens nouveau à ces termes, et ce n’est que lors de la conclusion qu’il pourra, si cette conclusion est la bonne, les ordonner et en mesurer, au-delà de leur sens, l’enjeu vital. Le lecteur devra donc tenir compte de ces attendus, mais qu’il ne soit surtout pas intimidé s’il n’est pas engagé, comme analysant ou comme analyste, dans la pratique freudienne. Qu’il soit non-analysant peut même être une garantie de fraîcheur qui le mettra éventuellement à l’abri d’une idéologisation mortifère. Qu’il sache seulement qu’il rencontrera des difficultés à la mesure de son rapport à la psychanalyse, mais jamais en vain s’il persévère, et même un «débutant» profane y trouvera les entrées et les clairières qui lui permettront de s’orienter et de savoir, comme l’Homme aux rats venu à l’analyse par des lectures, si la chose lui convient. En tout cas, de mon côté, je me suis plié à l’exigence de n’écrire aucune phrase dont je ne pourrais, en me relisant, relever au moins un sens. Autrement dit, j’ai banni la paraphrase dont je ne pourrais rendre compte.